DREAM THE WORLD AWAKE

L’exposition s’articule autour de tenues, densifiée cependant par la présence de masques africains, sculptures et vidéos d’art en tous genres. Une scénographie dramatiquement linéaire des silhouettes est à regretter, mais le contenu de certaines pièces, notamment celle des ses références, tendent à la bousculer. C’est avec plaisir que nous retrouvons les trublions complètement dégénérés Mike Kelley et Paul McCarthy.
À travers ses collections, le styliste s’attelle ici à la Pop-Culture et développe une esthétique assez surprenante. S’il est qualifié d’Outsider dans le catalogue, il peut se rapprocher d’une large famille ”Party-Monster” vitaminée et fantasque, de Jeremy Scott, Cyril Duval, Casetteplaya, Romain Kremer, Charlie Le Mindu, et surtout Bernard Willhem…
Les obsessions du créateur flamand sont diverses, des rituels ancestraux à la science-fiction, de la sexualité aux mass-medias. Il orchestre une tentative d’hybridation totale, que ce soit dans le choix des couleurs, des matières ou des coupes. Si l’esthétique globale forme un léger glacis de tranquillité et de douceur, elle se fissure néanmoins par l’injection de pulsions d’enfance et de mort.
Greffant des perles, amputant des manches, chahutant les formes, saturant les couleurs, sur ses tissus viennent se tramer les maux électriques de la ville, la toxicité de son atmosphère. Des patchworks invraisemblables explosent et rivalisent de gags et de grigris ésotériques en tous genres. Walter Van Beirendonck semble expérimenter sans se soucier d’autorité plastique et prend plaisir à associer, dans un geste pratiquement politique, ce qui ne cohabite jamais ensemble. On croise une paire de chaussettes pour orteils déformés, des noeuds papillons tricotés par grand-mère, moonboots thermo-dynamiques, imprimés auvergniens, ponchos-tentes, motifs tribaux violemment colorés tels des graffitis.
Les smokings s’apparentent davantage à des pyjamas. Préparé à la fois pour savourer la montée des marches pour le prochain festival de Cannes, autant que l’épreuve d’une nuit sous LSD, coincé dans une chambre d’adolescente attardée. En artisan amoureux le créateur-couture confectionne d’immenses silhouettes spectaculaires et carnavalesques autant que de minuscules écussons, comme par exemple une amusante carte visa en tissu mouchoir.
Pour finir je peux dire que l’exposition est sucrée sans être indigeste, plaisante finalement. Si la fête ne bat pas hystériquement son plein, nous sommes ravie d’y avoir été conviée, qui plus est avec cette inépuisable source de joie pour nous rafraîchir. Même s’il est affaibli par la dispersion plus que par l’anecdote, le caractère personnel est à souligner, la spontanéité et l’humour règnent dans un esprit Music-Hall, Tropical, Physical. Loin de de s’auto-alimenter et de se suffire dans son propre territoire que représente la mode, Walter Van Beirendonck regarde partout autour de lui, et en lui.
Text by Anna S.